Extrait du livre DIX ANNÉES DE FOUILLES EN AUVERGNE ET DANS LA FRANCE CENTRALE de J-B DELORT, édition Lyon, A Rey Et Cie, 1901

 (Lozère), chez M. Portal, ancien notaire. Comme l'indique le sigle, elle sortait de rie-cille du céramiste Catulus, CATLI OF.
Les deux coupes unies (fig. A et A'), à pâte tendre, de la planche XVII ont été trouvées à Auxerre (Yonne). Le petit biberon de la même planche vient de Fleury (Yonne).
La barque qu'il porte en graffiti, sur ses parois, dénote un signe chrétien.
On remarque une autre particularité de ce genre, sur une assiette à couverte noire de Roueyre-Vieille (pl. XI, fig. 24, 25),
Ainsi que sur une urne gallo-romaine de la collection du Dr Pommerol, maire de Gerzat (Puy-de-Dôme).
Sur ce curieux spécimen de céramique ont été gravées également, à l'aide d'une pointe sèche : 1° une dénomination féminine, Regina; 2° diverses figures géométriques : deux triangles et deux parallèles coupées par une sécante (fig. R et G. pl. XVIII).
Tels sont les divers produits céramiques de cette brillante civilisation gallo-romaine qu'ont anéantie les invasions des Barbares.
Pour constater l'œuvre de décadence qui s'ensuivit, il suffit de jeter un coup d'œil sur les produits céramiques de l'époque mérovingienne.
Mais avant de passer à cette époque, nous avons cru utile de consigner ici- avec plus de détail, le résultat de l'étude de deux stations importantes de l'époque gallo-romaine aux portes mêmes de l'antique Indiciacus.

NOMBREUX RESTES DE L'ÉPOQUE GALLO-ROMAINE DANS UNE CASE

Fouilles de Roueyre-Vieille, 1877

C'est par le progrès de la science qu’on a reconnu l'importance de chétifs vestiges, auparavant dédaignés.
(Revue des Deux Mondes).

Ces fouilles sont peut-être des plus importantes que nous ayons faites dans le Cantal. Elles ont fait faire un très grand pas à la question si discutée des cases, ces humbles et nombreuses ruines d'habitations dont est couverte la France centrale.
Nous avions longtemps soupçonné une certaine antiquité cachée sous ces immenses  vestiges : ceux de Roueyre-Vieille sont incontestablement gallo-romains.
Les débris de poterie antique dont sont couverts les champs de Roueyre, près Saint-Flour, nous avaient fait soupçonner, dès l'abord, des ruines ensevelies dans ces champs.
Au mois d'août 1877 nous y entreprîmes des fouilles, qui effectivement nous amenèrent à la découverte d'anciennes fondations formant une enceinte rectangulaire de 3m25 de long sur 2m75 de large. Au milieu de l'un des petits côtés de ce quadrilatère, à l'aspect du levant, et parallèlement à l'ensemble de ces substructions, était une longue galerie, sorte de couloir qui donnait accès dans l'enceinte (fig. K, pl. XXIV bis).
Cette enceinte était comblée de décombres constitués principalement de cendres et de charbons au milieu (lesquels gisaient pêle-mêle des objets et des vestiges comme on en trouve dans les villas gallo-romaines.
Vu l'importance qu'ils donnent à ces ruines, nous avons cru devoir signaler jusqu'aux moindres vestiges. Citons d'abord parmi les objets :

Parmi les débris de poterie romaine dominaient les fragments de cette inimitable céramique, dite poterie samienne au beau rouge de cire à cacheter, recouverts de ces motifs d'ornementation déjà décrits ci-dessus.
Il nous reste cependant à signaler deux noms de potiers. Sur la paroi extérieure du fragment 27 (pl. XII), on lit MINIMIV, sans doute le nom de l'artiste qui avait fabriqué la matrice dans laquelle avait été moulée la coupe entière.

Fig27 pl XII : Fragment de vase en terre lustrée


Au fond d'une autre coupe toute mignonne, aux parois intérieures barbotinées comme d’un semis de petit pois, on lit le nom du céramiste ATIV (pl. XIII, fig. R).
Outre ces coupes, nous avons pu en restituer plusieurs autres à pâte noire, tantôt mate, tantôt lustrée (pl. X).
Les genres les plus maltraités parmi la poterie de luxe étaient ceux à couverte  bronzée ou métallique et ceux à couverte micacée. C'est à peine s'il nous a été possible de restituer un spécimen du premier genre (fig. 32, pl. XIII1).
Parmi la poterie vulgaire dominaient les vases à trois pieds, comme nos modernes cocotes.
Tous ces vestiges marquants appartiennent bien à cette belle civilisation importée par les vainqueurs de la Gaule. Comment pourrions-nous en douter en étudiant le moyen bronze de Faustine, presque fleur de coin, sur lequel on lit en beaux caractères: FAVSTINA AVG ANTONINI AVG PAPP.
Au revers on voit Junon debout, tenant une lance à la main gauche, et à la dextre une couronne. De part et d'autre on lit le sigle bien connu S C, et dans la légende cette inscription : IVNONI REGINÆ.
Le plan de la villa gallo-romaine de Roueyre-Vieille, à une seule ouverture précédée d'un long couloir, et la disposition intérieure de l'habitat en contrebas du sol environnant font de cette villa le type le plus remarquable et le plus ancien de ces nombreuses ruines appelées communément cases, qui jonchent certaines contrées de l'Auvergne et de la Marche, qu'elles couvrent d'une mortelle désolation. Donc, en résumé, cette fouille nous permet de dater sérieusement ces ruines, puisque Faustine nous reporte au règne d'Antonin le Pieux  (138), c'est-à-dire au IIe siècle de notre ère.

1 Cependant un fragment de cette poterie bronzée porte, dans chacun des compartiments qui ornaient la panse d'un vase caliciforme, des sujets en pied. (Pl. XVI, fig. 2.)
Parmi les autres fragments curieux, se trouvaient les restes d'un vase pansu à couverte blanche, et dont la partie médiane, la plus ventrue, porte une zone délimitée par deux cercles parallèles à l'ocre jaune.
C'est dans cette zone que le céramiste gallo-romain a peint des motifs symboliques dont il serait intéressant d'étudier la signification.
Dans la partie supérieure de la zone, ce sont des motifs disposés en damier, comme nous l’avons déjà remarqué pour l'urne peinte du tumulus de Coltines.
Plus bas, c'est tout un ensemble de lignes ondulées à teinte plate ainsi que des portées musicales, disposées par séries de trois, alternant avec des séries également ondulées de lignes plus grosses.
Par place, on remarque dans ce curieux ensemble une solution de continuité remplie par des motifs disposés verticalement, et qui font penser aux notes du plain-chant : une note brève ou losange, en haut ; une note pleine ou carrée au milieu, et une nouvelle note brève en bas ; mais disposée en sens inverse de la note ou signe correspondant.
Le Dr Plicque, à qui nous avons communiqué autrefois ces curieux fragments à peintures, nous écrivait : « Je n'avais pas vu ici (à Lezoux) de vases peints de cette forme, c'est une lagène à deux anses. Je vois sur ce vase une représentation de la mer. Les lignes ondulées figurent très bien les vagues de la mer, et les parallélogrammes, mes voiles latines des galères. »
Il est notoire, au reste, que la modeste case-villa de Roueyre, bien que n’ayant présenté aucune trace de moellon, avait dû voir les parois intérieurs de ses murs couvertes d’un ciment, recouvert lui-même de motifs d’ornementation à fresque, car nous en avons sauvé plusieurs fragments.

STATION GALLO-ROMAINE AU FAUBOURG DE SAINT-FLOUR

Le tracé du chemin de fer à travers le Pré de Pâques a mis a découvert en ce lieu divers objets qui accusent l'emplacement d'une autre villa gallo-romaine plus luxueuse que celle de Roueyre-Vieille, si l'on en juge par les moellons de moyen appareil qu'on y a trouvés.
Toutefois, il nous a été impossible de reconstituer le moindre plan.
Ici, comme à Roueyre, beaucoup de débris de vases en poterie samienne, entre autres :

A côté de cette statuette nous avons placé celle de Vénus (fig. V, pl. XIX), provenant  de la collection Rambert, archéologue de Vichy. Les anciens céramistes de cette localité avec ceux de Moulins et de Clermont-Ferrand, semblent avoir eu le privilège de cette statuaire1.
De Vichy proviennent aussi les cinq curieux vases à goulot marqués V' et V'' (pl. XIX) également en argile blanche et que j'eus autrefois la mission d'acquérir pour le Musée national de Saint-Germain-en-Laye.

1 Voir Collection de figurines en argile, publiée par Tudot, C. Rollin, éditeur, Paris, 1860.